L’Humanité – 11 décembre 2012

Olivia Ruiz : « J’ai des idées complètement barrées »

Après Miss Météores, 
elle sort le Calme 
et la Tempête.  Un album qu’elle a entièrement écrit et composé. Une première pour l’artiste.

Votre état d’esprit 
du moment, c’est plutôt le calme 
ou la tempête ?

Olivia Ruiz. C’est 
la tempête promo en ce moment. Je suis un bon petit soldat. Je me donne les moyens, je me dépasse pour faire entendre ma musique (rires) ! C’est tellement dur d’en accoucher, de ses idées, de ses morceaux, de les abandonner, de les lâcher aux mains du public. D’ailleurs, à la fin de l’album, j’ai eu une espèce de baby-blues, un vide très bizarre. Et dans ma vie personnelle, c’est plus le calme dans le sens où je me sens plutôt sereine 
et bien entourée.

Vous avez beaucoup voyagé récemment. Comment est née l’idée d’aller à Cuba ?

Olivia Ruiz. C’est mon frère, grand voyageur –il est mon consultant en voyage –, qui m’a conseillé Cuba. Je souhaitais un pays où je pouvais aller toute seule, où je suis sûre de rencontrer des gens facilement, où je peux me balader tranquillement sans risques. J’ai pris un billet, « booké » une nuit d’hôtel et ensuite je suis allée où le vent me menait. Durant trois semaines, j’ai fait le tour de l’île en bus, dormi chez l’habitant. J’ai tissé des liens forts à Trinidad, où j’étais chez une nana incroyable, tout droit sortie d’un film d’Almodovar, hyperphilosophe, ouverte, avec des gosses partout dans la maison.

Vous aviez besoin de partir pour écrire et composer ?

Olivia Ruiz. J’avais presque tous mes textes avant de partir à Cuba. J’avais besoin d’un anonymat à 100 %, de retrouver de la confiance dans ce que je suis, de me dire que je suis capable de tout reconstruire ailleurs si j’en ai envie. Je voulais retrouver cette sensation de liberté. Cela m’a fait un bien fou. Là-bas, je me disais : « Le monde m’appartient, je fais ce que je veux. » 
Le truc qui a tout déclenché, c’est le fait qu’après que deux gamins m’ont piqué mon portable, ici, ça s’est retrouvé dans les journaux. J’ai eu une sale sensation d’oppression.

Votre univers est très imagé. Est-ce dû au fait que vos chansons sont construites comme des histoires ?

Olivia Ruiz. Il y a un côté un peu à l’ancienne. Dans My Lomo & Me, je voulais aborder le sujet d’un voyeur ou d’une voyeuse, mais pas avec le côté vicieux. Je voulais faire basculer le voyeurisme dans quelque chose qui, tout à coup, peut être joli, désarmant. Je photographie avec le Lomo, cet appareil où on peut superposer les images. En regardant mes photos, je me disais que c’est incroyable comment on peut changer la perception des choses avec cet effet de superposition. Quelque chose de joli peut devenir inquiétant. Le Lomo, c’est la vie. On a tout plein de filtres dus à notre histoire, nos souffrances et, finalement, ce que l’on perçoit, est souvent à dix mille lieues de ce qui est vraiment là.

Dans le clip de cette chanson, on sent que vous aimez faire l’actrice. Aimeriez-vous 
refaire du cinéma ?

Olivia Ruiz. Je me destinais plutôt à ça. Ma formation première, le vrai boulot que j’ai appris entre douze et vingt ans, c’est celui de comédienne. C’est difficile de trouver un réalisateur en qui on a confiance, auprès de qui on a envie de s’abandonner, de trouver un scénario qui plaît, un personnage auquel on pense pouvoir amener quelque chose. J’ai déjà fait un film (Un jour mon père viendra, de Martin Valente, avec Gérard Jugnot et François Berléand). J’adorerais remettre ça, mais ce n’est pas évident.

Faut-il avoir un tempérament de comédienne pour monter sur scène quand on est chanteuse ?

Olivia Ruiz. Bien sûr ! C’est pour ça que je m’écris des « bonbons pour interprètes » (rires), que j’utilise beaucoup le « je ». Ce que j’aime, sur scène, c’est incarner des personnages différents. Je fais des mises en scène à chaque concert. Je crée mon décor avec mon éclairagiste, je prévois des points où je peux me poster, des endroits qui, pour moi, représentent quelque chose au cœur du spectacle. J’ai toujours des idées complètement barrées…

De quelles ambiances 
rêvez-vous pour 
votre nouveau spectacle ?

Olivia Ruiz. J’aimerais que ce soit onirique, pas du tout figuratif. Que l’on soit dans quelque chose d’intemporel, de plus fou et de plus sobre à la fois que dans la tournée précédente. Il n’y a aura pas d’autre choix que d’être tout feu tout flamme, mais peut-être aussi dans quelque chose de plus sensible. Musicalement, on sera toujours dans la même ligne. Ce sera un spectacle contrasté avec autant de moments intimes que rock’n’roll.

L’adrénaline de la scène, c’est toujours aussi important ?

Olivia Ruiz. C’est quelque chose de très addictif. Ce n’est pas pour rien qu’à la fin d’une tournée, il y a un moment 
de petite dépression. C’est un manque physique d’adrénaline. C’est une vraie dope !

Pétillante  et émouvante

On retrouve la pétillante Olivia Ruiz, sa gouaille et sa voix acidulée. Après la tournée de Miss Météores, elle avait besoin de se retrouver. Elle a pris un billet pour Cuba, puis voyagé vers Los Angeles, Bogota… Un voyage qui lui a permis de reprendre confiance en elle, d’écrire et de composer les chansons de son album, le Calme et la Tempête. Une première pour Olivia dont les histoires racontent des personnages habités par la passion et le sentiment amoureux. Un album à la fois sombre et lumineux dont les mélodies, qu’elle fait vivre d’une manière souvent émouvante, restent dans la tête. À l’image de celles de Melancholy, Volver ou encore de la Llorona, une chanson traditionnelle mexicaine. De quoi patienter avant son retour à l’Olympia 
à Paris , le 18 février.

Album le Calme et la Tempête, chez Polydor. Tournée à partir du 27 janvier.

Entretien réalisé par 
Victor Hache

Julia
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