Mode: Interview exclusive de Tania Zekkout!

 

Un grand merci d’avoir accepté cette interview. J’ai adoré découvrir ton travail que je ne connaissais absolument pas, je l’ai trouvé très intéressant et j’avais vraiment envie d’en savoir plus.

 

Merci à toi!

 

Ce que je me demande tout de suite en découvrant tes créations, c est quel a été ton parcours jusqu’ici, quelle formation ou spécialisation as-tu suivie, quels choix as-tu été amenée à faire…

 

Alors, c’est un gros sujet! (rires) Parce qu’en fait, j’ai un parcours tellement atypique que c’est très difficile de le résumer en 10 secondes.

 

J’ai fait un bac F12 Arts Appliqués à l’époque. En fait, je savais depuis toute petite que je voulais être styliste, en tous cas je voulais être dans la mode. C’était chez moi une vraie vocation, j’ai passé beaucoup de temps avec ma grand-mère qui nous cousait des habits de Barbie extraordinaires, et qui me laissait toucher à tout et faire avec elle. J’ai baigné dedans toute petite. Pour moi, c’est pas un métier, je travaille pas, c’est du plaisir au quotidien, vraiment une vocation. C’est un point qui m’a permis d’être très persévérante dans un milieu  qui n’est pas simple quand on ne suit pas un parcours standard.

 

Après mon Bac F12, je suis partie à Paris, et très vite j’ai trouvé un job d’appoint qui permettait de payer mes études. J’étais déjà un peu en mode guerrière, à devoir m’assumer toute seule et à devoir travailler beaucoup pour m’en sortir.

 

Tu venais de quelle ville de Province?

 

Je venais d’Alsace, d’un petit village qui s’appelle Ranspach, perdu dans les montagnes Vosgiennes en Alsace.

 

J’ai fait une première année de stylisme à l’atelier Fleuri Delaporte mais les exercices qu’on nous faisait faire me semblaient un peu abstraits. Du coup, je me suis dit que j’allais continuer à bosser pour mettre de l’argent de côté et faire la Chambre syndicale ou l’ESMOD, 2 écoles dans lesquelles j’avais été acceptée grâce à mon parcours jusqu’au bac, mais que je ne pouvais pas payer.

 

 

Je me suis rendue compte que vivre à Paris en travaillant à côté, c’était impossible de mettre autant d’argent de côté. Du coup, j’ai écrit au président de la république -François Mitterrand à l’époque- pour lui demander qu’il soit caution pour un prêt afin que je puisse faire mes études. Ils m’ont répondu que ce n’était pas possible mais ils m’ont orientée vers une personne à la mairie de Paris qui m’ a trouvé un stage de formation de mécanicienne modèle, donc celle qui monte les prototypes.

 

 

J’ai fait ça pendant un an, je gagnais un peu d’argent et j’apprenais. On devait faire des stages en entreprise et comme je suis arrivée sur le tard, je me suis retrouvée dans le sentier, dans une cave, où j’ai pas vu le jour pendant un mois. Même si c’était très intéressant, je suis allée voir le patron et lui ai dit « bon moi, je m’ennuie un peu, est-ce que je peux faire mes propres modèles? », il m’a répondu « Mais oui, ma fille, vas-y ». J’ai fait des trucs, je suis assez entreprenante et curieuse et je m’ennuie très vite et il faut qu’on me donne beaucoup de défis pour que puisse m’amuser.

 

J’ai transformé ça en quelque chose d’intéressant et j’ai ensuite eu un stage chez Dior en haute couture dans l’atelier flou, car j’ai toujours adoré la haute couture, j’aime le beau et le luxe. Pas parce que ça représente de l’argent, mais pour le savoir-faire, je suis passionnée d’artisanat, j’aime le travail à la marge, le travail bien fait et j’aime les choses un peu extravagantes, voilà. Ca ne m’intéresse pas de faire des choses commerciales. En tous cas, ce n’est jamais la direction que j’ai pu prendre naturellement.

 

 

J’ai failli être embauchée chez eux en contrat de qualification mais c’est tombé à l’eau . Donc là, gros coup de massue. L’école était désespérée pour moi et ils m’ont trouvé un stage chez un jeune créateur, Frédéric Molenac, pour montage de prototype et j’y suis restée 3 ans. J’y suis partie par manque de reconnaissance de notre investissement.

 

Une collègue qui était devenue une amie faisait des robes de mariées, des robes du soir en parallèle, m’avait envoyé 2-3 commandes qu’elle n’arrivait pas à gérer. J’avais jamais fait de robe de mariée mais je me suis lancée et j’ai trouvé ça génial de travailler chez soi. Du coup, j’ai fait ça pendant 7 ans, j’ai monté ma boîte, j’ai fait des robes du soir, des robes de mariées, tout ce qui concerne un peu le luxe, le sur-mesure en France et en Angleterre parce que le réseau s’est développée et je faisais les allers-retours entre Paris et Londres.

 

J’ai travaillé en parallèle pour des designers car je suis très curieuse et j’aime bien le côté technique aussi de mon métier, j’entends toutes les parties tissu dans les objets et les projets qu’il pouvait y avoir. J’avais des moments plus difficiles que d’autres et les banques derrière ne sont pas toujours très sympathiques donc j’en ai eu marre, je me suis dit que j’allais prendre un petit job d’appoint pour avoir une base de sécurité, pour éviter d’être perturbée dans mes élans. L’argent ne m’intéresse pas dans mon métier, c’est toujours le cas encore aujourd’hui malheureusement pour moi. Bref, on ne se refait pas quand on est passionnée!

 

Et j’ai tout de suite trouvé une place chez Cop Copine comme mécanicienne modèle et le soir et les WE, je bossais pour moi. J’ai beaucoup appris, c’était une formation semi-industrielle, l’étude d’un prototype, c’est quelque chose de très intéressant pour que ce soit réalisable en production. Après un séjour en Italie, j’ai commencé à travailler pour Cop Copine en indépendante styliste cette fois-ci.

 

 

Au bout de 5 ans, je me suis remise à bosser pour moi car j’avais fait le tour de la question. Je me suis ouverte à un nouveau monde, le monde de la coiffure que j’ai découvert vraiment par hasard grâce à ma coiffeuse à qui j’ai un jour prêté des accessoires que je faisais. Je faisais des petites ventes privées avec des accessoires, un début de cols, de colliers bijoux, un mix bijoux-accessoires que j’avais commencé à travailler. Et là c’est parti, j’ai commencé à travailler de fil en aiguille, de bouche à oreille, en ayant eu du travail avec toutes les grandes marques, Schwarzkopf, Loréal, Tony& Guy, Sako pour Londres, etc… Et j’ai fait ça en travaillant aussi en parallèle pour des designers, en faisant aussi du théâtre, de la danse, jusqu’à ce début d’année.

 

En fin d’année, vraiment par hasard, une personne qui m’a recommandée auprès d’un jeune homme qui voulait lancer sa marque Homme. Alors moi, ça m’intéressait pas du tout de faire de l’homme, j’en ai jamais fait, mais par respect pour cet ami, je l’ai contacté, et il m’a proposé un super poste où il y avait tout à faire. Me voilà DA d’une marque homme avec une boutique qui va ouvrir ses portes en septembre à Paris. Et voilà! Donc un boulot énormissime, mais ultra passionnant car il y a tout à faire avec une chance assez inouïe d’une personne qui a les moyens de faire les choses, avec cette envergure là.

 

Et alors la marque Tania Zekkout dans tout ça?

 

Ah oui, alors ça, je travaillais dessus toujours en parallèle évidemment, parce que j’avais besoin d’avoir mon terrain d’expression personnel, et tout ce que je faisais à côté me servait à financer ma marque. J’ai manqué clairement de moyens financiers pour la développer car aujourd’hui, il faut communiquer non stop et pour communiquer, il faut des collections qui sont prises en photo, il y a tout un travail énorme à faire derrière et je pouvais pas toujours fournir dans les meilleures des conditions, ça m’a beaucoup ralentie et puis tout le boulot que je faisais à côté.

 

C’était plus une espèce de parallèle expérimental que j’ai mis en stand-by on va dire contre ma volonté, la charge de travail que j’ai avec le nouveau poste est tellement énorme que je préfère faire les choses correctement, plutôt que de les faire à moitié et je pense que voilà, le temps du développement, j’avais besoin d’être présente à 100% et puis après, je reprendrai du temps pour moi. J’envisageais d’ailleurs de présenter ma 1e collection haute couture le 4 juillet. Là, c’était impossible. Même moi qui suis une acharnée de travail, je me suis rendue compte que ce n’était pas possible, il aurait fallu que je ne dorme pas et encore ça, ça ne suffisait pas.

 

Tu crées de chez toi, dans ton appartement? Tu n’as pas de showroom? 

 

Si en fait, j’ai mon atelier depuis 3 ans, je suis retournée en Alsace, du coup, j’ai une grande maison, un grand espace dédié à l’atelier complètement séparé. J’ai un showroom et 2 pièces de travail.

 

Ma curiosité est d’autant plus attisée que sans relations-presse, sans communication, comment as-tu rencontré Olivia Ruiz ou sa styliste? Comment en êtes-vous arrivées à collaborer?

 

Sa styliste connaissait mon travail, et elle m’a appelée . Toutes les pièces que je lui ai envoyées étaient des pièces que j’avais réalisées pour des shows coiffure, J’ai toujours utilisé des matières nobles, toujours une belle façon et un beau travail. Pour moi, c’est essentiel d’être juste dans ce que je fais. J’ai créé un patrimoine depuis de très belles pièces et elle a sélectionné une grande quantité d’entre elles et après je lui ai fait aussi une robe sur mesure. Elle connaissait mes accessoires, elle avait des pièces en venant pour les shootings, car avant j’étais à Paris donc j’avais développé tout un réseau et du coup, les stylistes me contactent toujours, des échanges Skype ou autres et j’envoie des pièces.

 

Tu as quand même eu quelques parutions presse, très belles d’ailleurs.

 

Oui, j’ai beaucoup de chance, après j’ai eu un bureau de presse pendant un certain temps aussi, ça aide.

 

 

 

Est-ce qu’Olivia Ruiz était déjà une artiste que tu avais dans ta playlist, ou l’as-tu découverte à cette occasion?

 

Je ne l’avais pas dans ma playlist, mais je connaissais plusieurs de ses chansons. Je suis allée la voir à un show case en Alsace dans le sud de Strasbourg, on s’est rencontrées là, on en a discuté et elle m’a dit qu’elle avait découvert mon travail et qu’elle avait adoré, qu’elle était fan et que voilà. Du coup, je lui ai offert la robe blanche qu’elle appelle Coquillage.

 

 

Alors racontes-nous l’histoire de cette robe, d’où t’est venue l’inspiration, quel tissu as-tu choisi, comment tu l’avais nommée du coup ?

 

Alors moi, je ne l’ai pas nommée. J’avais fait une série de volumes comme ça en effet 2D, et c’est du feutre. Cette matière tient très bien toute seule et j’adore un peu les matières différentes et techniques, je ne suis pas forcément toujours dans les standards, et j’explore comme ça les volumes et les matières, et elle, elle a adoré ça, ça correspondait complètement à sa morphologie. Elle a sélectionné aussi une autre robe blanche qu’elle a aussi beaucoup portée qui elle, est une matière complètement effilochée à la main, et fait presque comme une idée de fond marin un peu, donc c’est pour ça qu’elle a du se dire c’est un thème coquillage. C’était plus la reine des glaces si je devais choisir.

 

 

Et la « fond marin », c’est elle qui l’a choisie, ou tu l’avais sélectionnée?

 

J’avais fait une sélection que j’avais soumise à Olivia, et ça s’est passé comme ça.

 

Tu avais fait ta sélection par rapport à sa morphologie ?

 

Oui, voilà, c’est ça. Et en fonction aussi des décors, de la scène, il y avait beaucoup de géométrie dans ses décors, et du coup l’idée, c’était peut-être de casser un peu avec des choses matiérées pour ne pas être trop strict, et puis après la robe coquillage, il y a des lignes assez douces qui du coup contrastaient avec les côtés anguleux de la scène et qui dessinent bien la silhouette. Je sais qu’Olivia n’aime pas être contrainte dans son vêtement, elle a besoin de mouvements sur scène, il faut juste qu’elle oublie quel vêtement elle porte et qu’elle se sente vraiment à l’aise, ce qui est juste légitime et normal pour n’importe quel chanteur.

 

 

As-tu pu assister à un concert sur la tournée pour voir ta création incarnée, vivre?

 

Et bien non, malheureusement, j’aurais du être à une des 3 dates, la 1e d’ailleurs à Paris quand elle a fait la Cigale, mais j’avais trop de travail, impossible.

 

 

T’as pu voir des vidéos?

 

Oui, la styliste m’envoie à chaque des petits liens, j’ai pu suivre un petit peu, et j’ai vu le show case en Alsace.

 

Je vous parlais recemment de tokyo eyes, voici la video rien que pour vous du concert a istres. #anoscorpsaimants

Publié par La chica olivia ruiz sur dimanche 29 Janvier 2017

 

Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as vu les vidéos, avec ta tenue comme ça sur le final, parce que tu la vois arriver comme ça, c’est complètement surprenant et la chanson est assez puissante donc ça envoie, quoi! C’est vraiment un moment fort du spectacle.

 

En fait, ça me touche toujours que les gens soient impliqués dans mon travail. A partir du moment où je l’ai donné à quelqu’un, ça m’appartient plus, j’ai une vision bizarre de voir les choses. Je suis contente pour la personne, je suis fière aussi certainement quelque part mais c’est pas le 1er sentiment. Ce qui me fais le plus plaisir dans mon métier, comme quand je faisais du sur-mesure et c’est pourquoi j’ai eu envie de faire de la haute couture, c’est de développer un lien avec la personne qu’on habille, et l’idée c’est de la rendre heureuse, qu’elle se sente bien dans son vêtement. J’ai toujours adoré ce partage là, ce côté très intime, de rendre quelqu’un beau et heureux et bien dans sa peau dans un vêtement qu’on a réalisé.

 

Et d’y mettre du coeur aussi surtout. Je n’ai jamais travaillé pour des gens avec qui je ne me sentais pas à l’aise. J’ai toujours fait en sorte de faire des devis inconsidérés ou autres pour qu’ils ne travaillent pas avec moi, pour ne pas être désagréable avec eux. Mais je ne le fais pas, je préfère être sincère et juste dans ce que je fais jusqu’au bout, plutôt que de faire n’importe quoi.

 

Donc, je suis heureuse pour elle, ça me fait super plaisir qu’elle soit heureuse. Evidemment, quand je découvre un article comme le tiens ou que je vois une parution, je suis super contente, mais je suis déjà 10 jours devant moi en fait, je suis toujours curieuse de la nouveauté, de la gourmandise, de créer…

 

As-tu participé au choix des chaussures qui accompagnent la robe (bottines argentées)? 

 

Je n’ai pas participé au choix, mais j’adore, je pense qu’ il faut contraster, que ça reste frais, spontané et moderne, je pense que c’est bien de ne pas être dans total look trop pointu, trop travaillé, c’est bien de casser les codes.

 

 

J’ai une question pratico-pratique, car cette robe est juste d’un blanc immaculé, comment ça s’entretient une création Tania Zekkout sur une tournée?

 

C’est une matière assez facile, je leur ai conseillé le pressing tout simplement. Comme c’est une matière qui se tient, ce n’est pas compliqué, elle se remet en état avec un coup de fer très facilement. Et comme c’est un blanc mat, avec tous les éclairages, ça doit bien rendre, c’est une matière qui s’approprie bien la lumière.

 

 

Dernière question que je pose à toutes les personnes que j’interview, quelle est ta chanson préférée d’Olivia Ruiz et pourquoi?

 

Ma chanson préférée de l’album est Nino mi Nino, j’aime beaucoup l’esprit comptine, c est doux et pétillant, les accompagnements lui donnent un esprit très intimiste.

 

 

Julia
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